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Les fermetures d’écoles rurales par les rectorats sont au menu du congrès des maires de France, les mardi 18 et mercredi 19 novembre. Pour maintenir la vie dans leur village, certains maires ouvrent des écoles associatives et solidaires, explique la présidente de l’association Créer son école, Anne Coffinier.
La question de l’école rurale n’est pas anecdotique en 2025, ne serait-ce que parce qu’un tiers de la population française vit à la campagne. Un élève sur cinq réside dans un territoire rural. Par la qualité du service qu’elle rend, l’école rurale n’a rien à envier à ses homologues urbains. Jusqu’à la fin du collège, la performance scolaire des élèves y est même meilleure que la moyenne française, même si c’est une population qui a tendance à s’autocensurer lorsqu’il s’agit d’envisager le lycée et les études supérieures.
L’école rurale a toujours constitué « un véritable laboratoire pédagogique », qu’il s’agisse des classes multiniveaux ou d’action culturelle ou environnementale. Célestin Freinet, fils de paysan, n’a-t-il pas développé son approche pédagogique innovante, avec son imprimerie dans la classe, dès 1923, dans le petit village de Bar-sur-Loup dans les Alpes-Maritimes ? Bien plus tard, par exemple, en 2002, ce sont encore dans des écoles rurales que les premiers tableaux blancs interactifs ont été implantés.
L’école rurale menacée de disparition
Mais cette école rurale est aujourd’hui menacée de disparition dans une grande partie du territoire. L’État n’a plus assez d’argent pour maintenir ces écoles à très faibles effectifs. À cela s’ajoute le fort recul démographique. Selon le ministère de l’éducation nationale, l’école primaire perdra environ 350 000 écoliers et 220 000 élèves du secondaire entre 2024 et 2029.
Dans ce contexte, l’État a déjà fermé environ 2 600 classes à la rentrée 2025 et continuera inéluctablement à en supprimer, d’autant qu’il est plongé dans une crise budgétaire structurelle. Les maires déplorent d’être très peu associés aux décisions des recteurs de fermer leurs écoles rurales publiques ou privées sous contrat. Aucun effort de planification pluriannuelle n’est consenti par l’État.
La fermeture de l’école fait fuir les familles
Garder ouvertes un maximum d’écoles de village sur notre territoire est pourtant à l’évidence d’intérêt général. Sans elles, c’est le village tout entier qui se dévitalise. Avec la fermeture de l’école, ce sont les familles qui fuient, induisant mécaniquement la fermeture des commerces de proximité.
Tant et si bien qu’il n’est pas exagéré de dire que lorsqu’une école rurale ferme, c’est le village tout entier qu’on assassine. Cet acte de rationalité budgétaire conduit à une désertification contraire à tous les efforts d’aménagement du territoire réalisés jusque-là. Ce sont les paysages de la France qui sont menacés, l’âme de notre vieux pays, avec ses « chemins noirs » qu’arpenta Sylvain Tesson pour se réparer.
La ruralité contient bien des joyaux
La ruralité contient bien des joyaux, à l’instar de son réseau d’écoles agricoles, composé de 430 maisons familiales rurales (MFR) – qui forment par alternance dans un régime sous contrat avec l’État, près de 30 000 élèves de la quatrième au baccalauréat professionnel –, des lycées agricoles publics (qui accueillent 60 000 élèves) et de 184 lycées privés catholiques qui scolarisent essentiellement en internat environ autant d’élèves que les MFR.
Ces derniers gèrent des fermes écoles qui forment d’excellents agriculteurs, mais aussi des professionnels du service à la personne, et des ingénieurs agronomes. Ils comptent 41 % de boursiers. Ce sont des réussites indéniables. Si la campagne enregistre une baisse drastique d’enfants du primaire et collège, ces écoles de grande qualité seront vite déstabilisées à leur tour, ainsi que notre agriculture et le secteur agroalimentaire par ricochet.
Pour maintenir une école primaire en ruralité, des regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI) ont été souvent instaurés. Ils rendent bien des services mais conduisent trop souvent les familles à s’épuiser sur les routes et nuisent à la socialisation « à la porte de l’école », car les classes sont éclatées sur plusieurs communes ou sont regroupées en un seul lieu éloigné du domicile
Des solutions alternatives
Les maires, qui savent que rien n’enrayera les fermetures de leur école de village, commencent à chercher des solutions alternatives pour maintenir un service éducatif de proximité. Certains ont franchi le cap d’ouvrir une école associative et solidaire lorsque l’école publique ferme. L’association Créer son école les accompagne dans ce processus. Des maires précurseurs ont ouvert la voie comme Marcel Chaud, à Puy-Saint-Vincent (Hautes-Alpes), qui a ouvert une école associative hors contrat qui a pu se transformer en école publique quand les effectifs sont remontés.
C’est aussi le choix de feu Gilbert Chabaud, maire de Saint-Pierre-de-Frugie (Dordogne), dont le village a presque doublé suite à l’ouverture d’une école associative indépendante de pédagogie Montessori. Avec 6 000 € d’investissement de départ et 35 000 € de budget annuel, une petite école rurale associative peut réussir à fonctionner.
Ces écoles n’hésitent pas à mobiliser les talents locaux pour créer du lien, et offrir des perspectives d’engagement stimulantes aux retraités de la commune. L’école associative rurale trouve naturellement sa place dans une dynamique d’économie sociale et solidaire. Par l’innovation qu’elle apporte, elle permet utilement de maintenir un service scolaire de proximité au service des familles et de contribuer ainsi à la vitalité du village au bénéfice de tous.