9. Recruter et manager son équipe

Il est plus que jamais nécessaire de bien connaître et de respecter les obligations incombant aux dirigeants d’établissements privés hors contrat. En effet, depuis la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République », les sanctions pesant sur les directeurs sont plus sévères que jamais.

Par ailleurs, ayez bien conscience que le corps professoral – c’est-à-dire l’ensemble de vos professeurs – est véritablement votre trésor. Vous devez tout faire pour attirer et garder des professeurs de qualité et en cohérence avec votre projet pédagogique.


Définir les compétences et responsabilités de chaque acteur : Direction académique vs. Gestion de l’école

Dans ce cas de figure, l’association de gestion recrute un directeur pédagogique sur la base de la vision générale qui unit les parents fondateurs. Il importe ensuite que le directeur, une fois embauché sur la base de ces principes et de cette vision éducative et pédagogique – formulée aussi clairement que possible – ait les coudées franches pour conduire son école : choix des méthodes, des contenus, envoi en formation des professeurs, etc.

Il est fondamental de respecter cette dichotomie des fonctions, surtout si des parents d’élève font partie du bureau de l’association de gestion. Cela requiert des parents fondateurs beaucoup d’autodiscipline, dans l’intérêt du développement et du succès de l’école. Nous vous conseillons de rédiger un document précisant bien les responsabilités des uns et des autres pour bénéficier d’un maximum de clarté.

Un ancien directeur ou professeur fonde une école, avec l’appui par exemple d’un groupe de parents réunis parce qu’ils adhèrent à sa vision éducative. Il importe que le directeur s’appuie sur l’association de gestion pour ce qui est du ressort de cette dernière ; le caractère bénévole ou rémunéré du directeur n’y change rien. 

  • Le directeur n’est pas autonome pour la gestion de l’école (croissance des effectifs, développement de l’école, gestion comptable, recherche de financement, relations institutionnelles ou encore choix des locaux).
  • L’association doit prendre ses responsabilités et ne pas laisser le directeur d’école prendre toute décision « en roue libre ».

Une fois la phase de lancement passée, le cumul des deux fonctions doit à notre sens rester une exception, si l’on veut que l’école soit académiquement excellente et les élèves véritablement suivis par le directeur.

Nous déconseillons le cumul du poste de directeur académique et celui de responsable de la gestion et du développement de l’école. Le directeur (qui a tout intérêt à enseigner dans l’école, si possible dans une matière fondamentale) doit avoir une solide formation intellectuelle et même une riche vie intellectuelle pour que l’école s’en ressente. S’il est pris dans la gestion chronophage de l’établissement, il ne le pourra pas.

Dans les écoles à but non lucratif, les moyens manquent souvent pour embaucher un gestionnaire : c’est donc l’association de gestion, et en particulier son président, qui doit assumer ce rôle de gestionnaire et développeur.

Il importe que le directeur pédagogique puisse vraiment agir de manière autonome et responsable sans que l’association de gestion interfère dans ses choix académiques.

Pour sa part, l’association de gestion devra s’occuper par elle-même des locaux, des relations institutionnelles, de la recherche de financement, de la comptabilité et de l’établissement de prévisionnels budgétaires. Elle s’occupera des recrutements, en partenariat direct avec le directeur académique. Concrètement, il faut que le directeur académique et le conseil d’administration de l’association de gestion soient d’accord pour qu’un professeur soit embauché.


Recruter le directeur, personnage clé

La première personne dont vous avez besoin, c’est un directeur ou directrice d’école expérimenté, équilibré – et surtout très motivé par votre projet.

En effet, le directeur de votre école cumulera de nombreuses responsabilités :

  • Gérer votre école au jour le jour ;
  • Recruter, former et encadrer les enseignants ;
  • Élaborer les programmes et choisir les manuels ;
  • Veiller à la coordination entre les professeurs dans l’intérêt des élèves ;
  • Traiter les inévitables dysfonctionnements et critiques ;
  • Veiller à l’esprit de l’école ;
  • Suivre les élèves individuellement (discipline, orientation, motivation) ;
  • Recevoir les parents ;
  • Recruter de nouveaux élèves ;
  • Évaluer le travail de l’école ;
  • Assurer une information nourrie des parents et les consulter quand cela est nécessaire.

Le directeur d’une école indépendante doit remplir les conditions définies légalement, quel que soit le niveau de l’établissement : école, collège ou lycée. 

Pour tout savoir sur les critères de recrutement du directeur / de la directrice de votre école, rendez-vous sur la page 7. Souscrire aux formalités et conditions d’ouverture.


Quels profils d’enseignants rechercher pour le primaire ?

Nous vous conseillons d’embaucher pour commencer un enseignant chevronné(e), dont les méthodes pédagogiques sont sûres et la réputation excellente. Cette personne formera ensuite le reste de votre équipe pédagogique, qui pourra alors être constituée de professeurs débutants motivés.

  • Pour s’assurer de sa réputation et mieux le/la connaître avant de confirmer l’embauche, n’oubliez pas de demander un extrait de son casier judiciaire et d’appeler ses anciens employeurs voire collaborateurs.
  • Si vous recrutez un professeur ou un directeur issu de l’Éducation nationale, assurez-vous qu’il soit motivé par le projet et ne risque pas, par habitude, de se plier aux contraintes de l’école publique.

N’hésitez pas à passer une petite annonce sur le site de Créer son école en cliquant ici !

Pour trouver de bons candidats, pensez à proposer une rémunération honnête et des perspectives d’évolution de salaire et de responsabilités.

Dans les écoles indépendantes à but non lucratif, surtout en phase de lancement, l’argent manque souvent. 

Or, pour attirer les meilleurs professeurs et les fidéliser il faut les payer convenablement. Nous vous recommandons de sacrifier sur tous les postes de dépenses hormis celui-là. Misez tout sur des professeurs !

À savoir : les salaires minimums sont fixés par la Convention collective nationale de l’enseignement privé indépendant du 27 novembre 2007.

Les conditions pour exercer des fonctions d’enseignement sont fixées par le Code de l’éducation :

  • Ne pas avoir été l’objet de certaines condamnations, interdictions, révocations listées à l’article L.911-5 (art L.914-3) ;
  • Être français ou ressortissant d’un autre État membre de l’Union européenne ou d’un autre État partie à l’accord sur l’Espace économique européen (art L.914-3) ; une demande de dérogation est prévue pour la nationalité.
  • Avoir 18 ans (art L.914-3 et art R.913-5) ;
  • Détenir un titre ou un diplôme classé dans le Répertoire national des certifications professionnelles prévu par l’article L.335-6 au moins au niveau III, ou sanctionnant au moins deux années d’études après le baccalauréat (art R.913-6) ; deux types de demande de dérogation sont prévues pour l’enseignant qui n’aurait pas les titres ou diplômes requis.

Le chef d’établissement est tenu de vérifier que les enseignants remplissent les conditions légales avant toute embauche. Il n’y a pas d’autorisation d’enseigner à obtenir – sauf pour l’Alsace et la Moselle qui ont un régime particulier.

Vous devrez transmettre tous les ans au rectorat la liste de l’ensemble du personnel, enseignant ou non salarié comme bénévole.  Vous joindrez à cette liste liste leur date d’entrée en fonction et tous justificatifs permettant d’établir que les enseignant remplissent les conditions de diplôme et de pratique ou de connaissances professionnelles fixées par le 3° alinéa de l’article L. 914-3 ou une copie de la dérogation qui lui a été accordée en application de l’article L. 914-4, si ces dispositions leur sont applicables.

Pour regarder en détails les conditions pour enseigner et les demandes de dérogations, rendez-vous sur la page 7. Souscrire aux formalités et conditions d’ouverture.

Il est envisageable pour un établissement hors contrat d’embaucher un enseignant en poste dans une école publique ou sous contrat. 

L’activité exercée par cet enseignant doit être accessoire de son activité principale et il doit demander l’autorisation à son employeur (directeur d’Académie) avant de pouvoir enseigner dans votre école ou d’en prendre la direction.

Les conditions à respecter sont définies dans le Décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 relatif aux contrôles déontologiques dans la fonction publique.

Pour plus d’information sur les modalités de cumul ou de passage du système public aux écoles hors contrat, contactez-nous. 


Le recrutement

Nous nous attachons à décrire ci-dessous la procédure de recrutement d’un enseignant, mais celle-ci est sensiblement la même pour un directeur d’école.

S’il est très facile de recevoir des candidatures, ce n’est pas le cas du tri à faire pour sélectionner la personne qu’il vous faut ! En effet, les enseignants qui quittent l’Éducation nationale envisagent souvent de conserver le même salaire, les mêmes horaires et les mêmes vacances…

Vous ne serez probablement pas en mesure d’offrir à vos candidats des conditions d’embauche aussi favorables. Montrez-leur que, ce qu’ils perdront financièrement, ils le gagneront en satisfaction professionnelle. Quoi de plus rémunérateur que de voir ses élèves s’épanouir et progresser au fil des semaines ? Ils pourront enfin aller jusqu’au bout de ce qu’ils savent qu’il faut faire pour enseigner. Ils seront enfin libres de leurs méthodes et seulement comptables des résultats de leurs élèves.

  • Préparez un descriptif du poste que vous proposez, indiquant le lieu, le contenu exact des tâches, l’horaire, les responsabilités, les qualifications requises, les perspectives de carrière, la date de démarrage d’activité et une fourchette de rémunération.
  • Attribuez quatre notes entre 1 et 5 à chacun des courriers de candidature que vous aurez reçus, en fonction des quatre critères suivants : qualifications, expérience, motivation, prétentions de salaire. En additionnant ces quatre notes, vous obtiendrez une note sur 20.
  • Classez les CV par ordre décroissant, et appelez chaque candidat pour fixer rendez-vous pour un entretien, si possible dans l’ordre chronologique.
  • Au cours du premier entretien, exposez aux candidats votre projet d’école : pédagogie, organisation, conditions matérielles, perspectives de développement, spiritualité. Demandez-leur de confirmer leur motivation pour le projet par écrit. Spontanément, les candidats peu motivés se désisteront.
  • Éliminez les candidats qui vous sont apparus de façon évidente comme incompétents, demandez des références que vous pouvez contacter à ceux qui vous paraissent intéressants et convoquez-les à un second entretien. Demandez au candidat d’apporter le matériel pédagogique qu’il a l’habitude d’utiliser, ses cours, la liste des livres et penseurs de l’enseignement qui sont ses références.
  • Démarrez le second entretien en interrogeant la personne sur ce qu’elle a compris et retenu de vos explications. C’est une étape très instructive, qui vous permettra de juger de la rapidité d’esprit, de l’expression et de la motivation de la personne. C’est aussi l’occasion de corriger d’éventuels malentendus. Faites ensuite faire à la personne des travaux pratiques à l’écrit et à l’oral, selon la matière qu’elle devra enseigner. Notez soigneusement tout détail intéressant de l’entretien.
  • Faites rencontrer la ou les personnes que vous avez envie d’embaucher à des professeurs de la matière qui ont votre confiance pour recueillir leur avis.
  • Faites ensuite votre choix.

Pour solliciter des candidatures, utilisez d’abord votre réseau personnel. Diffusez autour de vous votre descriptif d’offre d’emploi. Puis passez aux petites annonces sur le site de Créer son école (le service est gratuit), mais aussi dans des journaux ciblés, en expliquant que vous cherchez un enseignant et en demandant qu’on vous adresse un CV, accompagné d’une lettre de motivation manuscrite.

Si par exemple vous voulez fonder une école catholique, une petite annonce dans Famille Chrétienne devrait vous rapporter de nombreuses candidatures. Pour les écoles Montessori, rapprochez-vous des associations Montessori France ou Apprendre Montessori, ou encore de l’ISMM (Institut supérieur Maria Montessori).

  • Posez-vous la question de savoir si vous avez envie de travailler avec cette personne.
  • N’oubliez pas que, au regard de la législation du travail, il est difficile de rompre un contrat de travail, passé la période d’essai ! Choisissez donc vos collaborateurs avec beaucoup de soin.
  • En cas de doute, n’hésitez pas à organiser un troisième entretien. Vous pourrez y faire participer une personne de confiance, avec laquelle il vous sera possible d’avoir de fructueux échanges de points de vue sur le candidat.

Il est fondamental et incontournable de faire appel à un avocat ou un cabinet de ressources humaines spécialisés en droit social pour superviser votre contrat de travail. 

C’est un coût, mais la rédaction d’un mauvais contrat vous coûtera bien plus cher si vous devez un jour finir aux Prud’hommes. Il n’y a donc pas à hésiter.

À noter : Créer son école peut vous orienter vers un spécialiste qui maîtrise bien le hors contrat, mais nous n’assurons pas la relecture et vérification des contrats d’embauche des écoles hors contrat.

Pour être en mesure d’établir un contrat de travail ou de faire les fiches de salaire, il est important de connaître la Convention collective nationale de l’enseignement privé indépendant du 27 novembre 2007 (IDCC 2691 – voir le texte en cliquant ici) qui concerne l’ensemble des écoles hors contrat – y compris celles qui ne sont pas adhérentes à un syndicat. Les salaires indiqués s’appliquent obligatoirement à toutes les écoles.
Vous trouverez aussi sur le site de Légifrance l’ensemble des avenants qui actualisent la Convention, notamment la grille de salaire actualisée.

  • de procéder à la Déclaration préalable à l’embauche dès que l’embauche est réalisée (en ligne) ;
  • de faire passer à votre recrue la visite médicale d’information et de prévention (prise en charge par votre Médecine du travail) ;
  • de demander à votre recrue un extrait de casier judiciaire.

Les cotisations salariales et patronales sont calculées par votre comptable ou, si votre école est gérée par une association et qu’elle emploie au maximum 19 personnes équivalent temps plein, elles peuvent l’être par l’entité gérant les Chèques Emploi Associatifs, si vous y avez souscrit (CEA).

Attention : le CEA ne vous dispense pas de toutes les formalités d’affiliation aux différents organismes. Par ailleurs, vous devez bien connaître la Convention collective pour transmettre les bonnes informations au CEA afin qu’il délivre des bulletins de paie conformes. Le calcul des congés et des indemnités n’est pas guidé. Le CEA ne vous dispense pas de rédiger votre propre contrat de travail contenant les clauses imposées par la Convention collective.

Créer son école vous conseille plutôt de ne pas recourir au Chèque Emploi Association et de passer par un cabinet spécialisé en gestion de paye connaissant bien la convention collective du hors contrat et les réalités de ce secteur.

Nous pouvons vous recommander des entreprises, n’hésitez pas à nous contacter !


Le recours à des bénévoles est souvent une condition sine qua non de l’équilibre financier d’une école associative. C’est également une occasion privilégiée d’intensifier les relations entre l’école et les parents une des forces fondamentales des écoles indépendantes. Il faut donc l’encourager.

Il importe de veiller à observer, lors du recrutement de bénévoles, un certain nombre de bonnes pratiques, considérées comme évidentes pour le recrutement de salariés, qui couvriront l’école en cas d’incident grave :

  • S’assurer de son adhésion personnelle à la charte de l’école et à son règlement intérieur, demander et vérifier a minima son CV ;
  • S’assurer de ses compétences et de sa capacité à effectuer les tâches confiées, et exiger un extrait de casier judiciaire (c’est obligatoire pour intervenir dans une école !)
  • S’il s’agit d’un enseignant bénévole, n’oubliez pas de vous assurer qu’il remplit les conditions académiques nécessaires
  • Mentionnez le sur votre liste des personnels à adresser et à présenter à l’Académie en cas de contrôle.

Faites attention à ne pas traiter un bénévole comme un salarié, sous peine de risque un jour que son bénévolat soit requalifié en salariat (notamment à sa demande). Un bénévole reste libre de ses horaires, ne doit pas recevoir d’instructions et de directives très contraignantes de la part de celui qui organise son travail. La signature d’une convention de bénévolat peut être intéressante mais n’annihile pas ce risque de requalification.

Pour toutes les tâches répétitives confiées à des bénévoles successifs, comme le ménage ou la surveillance des récréations, la rédaction d’une procédure écrite même simple décrivant le travail vous épargnera bien des tracas.

Il faut d’abord réaffirmer qu’un enseignant peut exercer à titre bénévole, il sera préférable de signer avec lui une convention de bénévolat. Il est cependant nécessaire de faire preuve de prudence sur plusieurs points :

  • Le bénévolat doit être avéré :

    Aucun apport en nature ou libéralité envers l’enseignant ne doit pouvoir être considéré comme une compensation au travail bénévole, sans quoi il perd précisément ce caractère de bénévolat – avec tous les risques attenants : requalification en contrat de travail, paiement à titre rétroactif de tous les salaires non versés, paiement à titre rétroactif des cotisations sociales non versées sur les salaires, amende pour fraude fiscale (pour l’enseignant qui ne déclarait pas ses avantages en nature) et sociale (pour l’école qui ne payait pas de cotisations sociales).

    Notez quand même que le bénévole peut légitimement se faire rembourser ses frais réels : indemnités kilométriques et ses repas par exemple.

    R) Accorder à un bénévole une réduction sur le montant de la scolarité de ses enfants est formellement interdit : son geste ne serait plus bénévole, puisque intéressé, et l’administration considérerait ces scolarités comme un salaire.
  • Le bénévolat ne peut pas s’exercer à temps partiel concomitamment avec une activité salariée par l’école :

    Sauf éventuellement s’il porte sur un métier ou des prestations sans rapport aucun avec celles pour lesquelles le bénévole se fait par ailleurs rétribuer. Par exemple, un professeur  ne peut pas être rémunéré pour ses cours du matin et offrir à l’école ses cours de l’après-midi : cette situation serait considérée comme une fraude destinée à diminuer apparemment le coût horaire du professeur, potentiellement rémunéré en dessous de table pour économiser des cotisations sociales. En revanche, un professeur rémunéré peut être directeur bénévole, ou assurer bénévolement la surveillance de l’étude du soir : c’est un tout autre travail.

    R) Nous vous conseillons en cas de doute de prendre le conseil d’un avocat spécialisé en droit social.

Créer son école organise à la demande des formations en droit social, gestion de la paye, vie du contrat de travail.

Pour en savoir plus, cliquez ici.